Réunis en conseil national ce vendredi, le PCF ne veut surtout pas donner la présidentielle au probable candidat du Front de gauche avant d’avoir réglé l’essentiel pour eux: les législatives. Explications.
Pas de blanc-seing pour Jean-Luc Mélenchon. Le coprésident du Parti de gauche (PG) va devoir attendre encore deux mois avant de recevoir l’onction des communistes et être le candidat officiel du Front de gauche à la présidentielle. Le député européen, «disponible» pour le poste depuis janvier, voulait voir les choses «s’accélérer». Calé dans son calendrier, le PCF n’est pas pressé d’avancer. Et fait mariner son allié…
Vendredi, les communistes ont tout de même bougé. D’un doigt. Devant les représentants du parti réunis en conseil national, le chef du PCF, Pierre Laurent, a évoqué sa «préférence» pour Mélenchon: «J’ai dit personnellement, dans mon rapport, que je considère que l’hypothèse de la candidature de Jean-Luc Mélenchon peut-être envisagée par le PCF si elle permet cet accord d’ensemble.»
On a vu moins prudent et plus enthousiaste… Le numéro 1 communiste veut laisser «huit semaines» de «débat» à ses troupes qui, devant la médiatisation de Mélenchon et les silences de leur direction, commencaient à s’agacer.
«Nous sommes au début d’un processus», répète Pierre Laurent. «Les fédérations sont libres de leurs initiatives», précise-t-il. Le tout doit aboutir à une conférence nationale les 4, 5 et 6 juin pour décider du «bulletin de vote» à présenter aux militants PCF les 16, 17 et 18 juin.
Mais attention: «Nous ne voulons pas d’un processus de primaires», précise Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Avec Mélenchon, trois prétendants communistes ont fait acte de candidature: les députés André Chassaigne (favorable au Front de gauche) et André Gerin (opposé) ainsi qu'Emmanuel Dang-Tran, représentant des «identitaires».
«Nous ne serons pas un tiroir-caisse»
Mais outre l’argument du «débat», la direction du PCF ne veut surtout pas donner la présidentielle à Mélenchon avant d’avoir réglé l’essentiel pour eux: les législatives. Car des voix obtenues à cette élection dépend le financement de chaque formation politique durant cinq ans.
Signe du degré d’importance pour le PCF, c’est l’ex-chef du parti, Marie-George Buffet, qui mène les négociations. Les communistes ont prévenu leurs partenaires: «Nous ne serons pas un tiroir-caisse».
Pour l’instant, le PCF demande la reconduction de leurs 17 députés sortants (dont 5 apparentés) et 80% des candidats. Le PG (3 sortants) campe lui sur une répartition de 50% PCF, 30% pour eux et 20% pour les autres formations qui composent le Front de gauche. «C’est une discussion classique, tempère Eric Coquerel, secrétaire national chez Mélenchon. Mais l’équité politique ne peut pas être seulement 10% des circonscriptions pour le PG».
Autre problème: le programme. Sur des questions comme le nucléaire, la laïcité, l’Europe ou la «répartition et la création de richesses», il y a «un problème de priorité» fait-on valoir au PCF. Enfin, les communistes demandent «le respect d’engagements collectifs» et espère freiner la personnalisation et la boulimie médiatique autour de Jean-Luc Mélenchon.
Se plaignant de «l'absence persistante de la présence des dirigeants communistes» sur les plateaux télés et radios, ils réclament notamment un «temps d’antenne partagé». «On ne peut pas non plus demander à chaque personnalité qui émerge qu’il faille la niveler», répond Eric Coquerel qui juge toutefois «positif» le soutien, même conditionné, de Pierre Laurent à l’ancien sénateur PS.
«Chassaigne président! Va falloir y aller!»
Mais ce vendredi, trois hommes ont profité des médias, exceptionnellement nombreux dans les couloirs de la Place du colonel Fabien. Premier d’entre-eux: André Chassaigne. Le député du Puy-de-Dôme a lancé sa candidature à l’investiture du Front de gauche en septembre dernier.
Il y a trois jours, il avait dénoncé «l’hypocrisie» de la direction de son parti et lui demandait de se prononcer «clairement» sur son choix pour 2012. Sous sa grosse moustache grise, à la sortie de la salle du conseil national il se dit satisfait de «la pleine transparence» de Pierre Laurent. Même si elle ne va pas dans le sens de sa candidature…
«Je demandais depuis plusieurs semaine pour ne pas dire plusieurs mois que la direction du PCF émette un choix. Le pire de tout c’est le non-dit». Passe derrière lui Patrick Le Hyaric, député européen et directeur de la rédaction de l’Humanité. Il lui lance en guise de boutade un «Chassaigne président! Va falloir y aller!» L’intéressé sourit. Il assure qu’il va poursuivre sans «aigreur», ni «frustration», sa campagne interne auprès des fédérations communistes comme il le fait depuis plus de six mois, défendant «une démarche collective où il n’y a pas une sorte de diva qui devrait s’imposer à tout le monde». Mélenchon appréciera…
Bon joueur et favorable au Front de gauche, il jure que si son nom n’est pas retenu par la conférence nationale, il ne maintiendra pas sa candidature en juin. «Je soutiendrai Mélenchon sans hésitation», dit-il avant d’ajouter en comité plus restreint que s’il est «désigné», ce sera au député européen de faire l’effort pour aider sa candidature. Pas sûr que Jean-Luc Mélenchon ait prévu ce scénario…
A côté de Chassaigne, un petit groupe de députés «identitaires», faucille et marteau sur leurs communiqués, profitent des caméras pour présenter Emmanuel Dang-Tran, candidat lui aussi. Anti-Front de gauche, il dénonce «une mise en retrait du PCF». Commence alors le sketch médiatique autour d’André Gerin, député du Rhône et partisan d’une candidature PCF pur sucre.
Lâché par les «identitaires» après ses positions anti-immigration, l’«orthodoxe» n’a plus aucun soutien dans le parti. Mais fort de ses tirades contre la direction de son parti, il profite d’une médiatisation délirante. Micros et caméras à la recherche de la petite phrase anti-Mélenchon le harcèlent pendant un quart d’heure.
«On nous a pris pour des charlots depuis des mois», dénonce-t-il, pointant une «mise en second plan, en seconde division du PCF». Il qualifie ensuite Mélenchon de «filiale du PS» et demande à ce que les communistes puissent voter avant la conférence nationale pour «désigner leur candidat comme l’a fait le PG». «Des camarades [comme Gerin ndlr] auront la possibilité de maintenir leur candidature au vote des militants», fait remarquer Olivier Dartigolles.
Mais sauf accident Mélenchon peut commencer à brosser son costume de candidat. «C’est le candidat à la présidentielle à même de faire le meilleur score», défend Marie-Pierre Vieu, conseillère régionale Midi-Pyrénées et partisante du Front de gauche. Quand on a fait 1,93% en 2007, l’argument vaut tous les autres.
Par Lilian Alemagna
Liberation.fr 08/04/2011 à 19h47










